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Mustapha Brahma: L’impérialisme français en Afrique-Formes de dominations et résistance des peuples

Mustapha Brahma

Le but de cette communication est de mettre en exergue les formes de dominations de l’impérialisme français en Afrique et la résistance des peuples. Dans cette optique, un éclairage sera jeté sur l’évolution de la domination française en Afrique à travers l’histoire, sa forme politique, économique, sociale et culturelle, son aspect militaire d’un côté, et de l’autre la résistance des peuples face à cette domination française en Afrique et la résistance des peuples.

1- Forme de domination de l’Impérialisme

La première phase de la colonisation française (1534 – 1830) visant le Canada, les îles du Pacifique et l’Afrique de l’Ouest s’est soldée par un échec. Après la perte du Canada au profit des Britanniques et l’avènement de la révolution française et les défaites cuisantes de Napoléon, le système économique s’était basé sur l’esclavage et la traite des noirs.

La deuxième phase de colonisation française débute par la conquête de l’Algérie en 1830, puis l’Afrique noire : Gabon, Côte d’Ivoire, Guinée à partir de 1860. La France devient la deuxième puissance coloniale en Afrique après la Grande Bretagne. La troisième phase (1879 – 1910) sera marquée par l’expansion vers la Tunisie et le Maroc.

Les deux formes de domination de l’Impérialisme français sont l’assimilation où les lois du colonisateur sont exécutées purement et simplement par les peuples colonisés, et l’association qui conduit le colonisateur à adapter ses lois aux institutions et coutumes locales. Mais dans les deux cas, la domination française s’exprime à travers la souveraineté de l’Etat colonisateur, le système administratif d’indigénat caractérisé par l’assujettissement total de l’indigèné au loi du colonisateur avec impôts spéciaux et l’absence des libertés démocratiques. Sur le plan économique, la domination se relève à travers la généralisation du capitalisme, les échanges se font sur la base des valeurs morales des produits et non sur leurs valeurs utilitaires.

Trois événements majeurs vont marquer l’ère coloniale du XXème siècle : La première guerre mondiale en 1914, la crise économique du système capitaliste de 1929 et la deuxième guerre mondiale en 1939, mais c’est surtout la défaite cuisante de la France à Diên Biên Phu en 1952 qui sonna le glas de la colonisation française en Indochine, puis partout dans le monde. L’armée de libération algérienne mena une résistance armée farouche à l’armée coloniale française qui sera soldée par l’indépendance de l’Algérie en 1962. La France colonisatrice a compris alors que l’ère de la colonisation touche à sa fin, et que pour garder l’essentiel de ses intérêts, elle doit changer le fusil d’épaule et changer la forme de domination, ainsi s’ouvre l’ère du néocolonialisme. Le Maroc et la Tunisie accèdent à une certaine indépendance en 1955 et 1956, les pays d’Afrique noire les suivent entre 1960 et 1963.

Pour le Maroc c’est une autre histoire, un régime appelé le Makhzen s’était établi au XVIème siècle, après le déclin du commerce caravanier lointain (suite à la découverte du moteur à vapeur), qui permettait la subvention aux besoins de l’Etat. Le régime est alors enclin à lever des impôts exorbitants, que les tribus ne payent que sous la contrainte des expéditions primitives. C’était la situation au moment de la pénétration coloniale, le régime colonial français propose au système Makhzen de lui soumettre les tribus dissidentes à condition qu’il accepte le régime du protectorat, que les deux parties scellent le 30 Mars 1912.

Le peuple marocain oppose une résistance armée farouche à la pénétration militaire française dans les campagnes jusqu’en 1934, qui sera relayée par la résistance politique dans les villes. En 1943, le régime colonial français commet l’erreur de vouloir traiter le Maroc comme une colonie plutôt qu’une commune soumise au protectorat. Le sultan rallie alors la libération après sa disparition à Madagascar, et sonne le glas du colonialisme qui sera remplacé par le néocolonialisme, exprimé par le président français Edgar Faure comme “ l’indépendance dans l’interdépendance”.

2- Les principaux outils de domination de l’Impérialisme français en Afrique

L’impérialisme, stade suprême du capitalisme est apparu en Afrique vers la fin du XIXème siècle et le début du XXème siècle comme la substitution des monopoles capitalistes à la libre concurrence capitaliste, suite au mariage des oligarques qui mettent à leur solde toutes les institutions économiques et politiques pour puiser les matières premières dont regorgent le continent de 30 millions de km2, soit trois fois la superficie de la Chine et de l’Europe, l’Afrique dispose de 60% des terres arables, 90% des réserves de matières premières et 40% des réserves d’or dans le monde.

La ratification par la France des accords de Bretton Woods en 1945 l’amena à créer le FCFA ( Franc des Colonies Françaises en Afrique) rattaché au Franc Français par le trésor français, puis à l’Euro par la banque centrale européenne. Vers les années 1960, après l’indépendance formelle, certains pays d’Afrique quittèrent la zone Franc, ce fût le cas du Maroc, de la Guinée-Conakry, de la Tunisie, de l’Algérie, de la Mauritanie et le Mali qui le réintégrera en 1984.

La convertibilité de France CFA est garantie par le trésor français,mais pas avec les autres zones Franc. Ce qui explique la faiblesse des échanges entres pays africains. Ce système encourage les investissements français en Afrique, le rapatriement des capitaux en France et l’importation des matières premières par la France.

Face à la montée des luttes de libération, l’Impérialisme français fut contraint de reconnaître une indépendance formelle aux colonies, et remplacer le système colonial classique par une nouvelle forme de domination de la dépendance politique, économique et sociale de la métropole. Aujourd’hui le franc CFA, héritage du colonialisme, symbolise la confiscation de la souveraineté et l’indépendance avortée, constitue une entrave au développement et au progrès et un instrument d’exploitation et d’oppression des pays africains de la zone par l’impérialisme français.

La domination coloniale en Afrique par l’impérialisme français a été marquée par l’imposition du français au détriment des langues locales, du Franc CFA en remplacement des monnaies locales, mais aujourd’hui les investissements directs étrangers (IDE) sont également un marqueur de domination dans le système capitaliste de dépendance. En effet, loin de servir pour un quelconque développement, les IDE servent au pilotage des matières premières dont regorge le sol africain. En plus des dividendes rapatriés par les actionnaires, d’autres avantages sont concentrés par les États africains, notamment les dégrèvements d’impôts et les subventions.

Pour protéger les intérêts, l’Impérialisme français recourt à la présence militaire concentrée par les oligarchies de la bourgeoisie compradore et les juntes militaires à sa solde. Aujourd’hui une quinzaine d’États possèdent des bases militaires en Afrique, notamment les USA avec 16 bases, et la France dont 6000 soldats sont déployés dans 11 pays. L’essentiel des troupes françaises est stationné à Djibouti (comptant 1450 soldats), puis la Côte d’Ivoire avec 900 hommes, le Gabon avec 350 hommes, le Sénégal et la Centrafrique avec 350 hommes chacun. L’opération Barkhane est dotée de 400 hommes se déployant dans cinq pays : le Tchad, le Burkina Faso, le Mali, le Niger et la Mauritanie. Les prétextes invoqués sont d’ordre sécuritaire, de lutte contre les terroristes de Boko Haram et d’Al-Qaïda, mais les vrais raisons sont tout autres : la préservation des intérêts de l’Impérialisme français dans la région.

Mais la présence militaire française, comme les régimes fantoches au solde de l’impérialisme sont détestés et combattus par les peuples africains, épris de liberté, qui ont tendance à se soulever contre les régimes en place. C’est pour cela que la constitution d’un front anti-impérialiste, contre l’impérialisme français en particulier, doit être à l’ordre du jour des partis communistes, des forces révolutionnaires, des partis de la classe ouvrière pour l’émancipation, la libération et la révolution démocratique et populaire. 

Mustapha Brahma

Secrétaire du parti de la Voie Démocratique

Casablanca le 14 Avril 2022 

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