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معاذ الجحري يكتب عن أزمة النظام الرأسمالي والبدائل السياسية

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      شارك القيادي عضو الكتابة الوطنية للنهح الديمقراطي في ندوة بمدينة ببارشلونة الإسبانية في ندوة دولية يومي 01 و 02 يونيو 2018 حول موضوع  ” الأزمة الرأسمالية والبديل السياسي” إلى جانب قوى سياسية يسارية أخرى كبوديموس والحزب الشيوعي اللبناني. هذه نص مداخلة الرفيق باللغة الفرنسية: 

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Notes sur la crise du système capitaliste et alternatives politiques

1) La crise du système capitaliste :
1.1-crise structurelle et sans issue à l’horizon:
La dernière crise (celle de 2007-2008) dure depuis déjà plus 10 ans et il n’y a pas d’issue à l’horizon. Le PIB mondial a plutôt tendance à baisser, sa croissance annuelle se situe entre environ 2 et 3 pour cent ; la banque mondiale prévoit 3 pc pour 2018. Nous sommes confrontés à une longue récession ou stagnation séculaire et certains parlent de limites que le capital ne peut dépasser : Il s’agit d’une part, de l’automatisme  (baisse du taux et de  la valeur du travail vivant) et des problèmes  de l’environnement de l’autre. Il ne faut pas, à mon avis, appréhender  chaque crise séparément  car les crises sont inhérentes au capitalisme qui les produit.

Le capitalisme souffre en permanence de la baisse tendancielle du taux de profit et ses conséquences. En effet la concurrence entre capitalistes  conduit à développer la productivité en modernisant les moyens de production, d’où  l’augmentation de la part du capital mort dans la composition organique du capital au détriment du capital vivant qui produit la plus value. Dans  le cadre de l’impérialisme cette concurrence a lieu entre monopoles voire oligopoles ce qui a mis fin au rôle progressiste de la bourgeoisie.

En conséquence, le capital procède à :

-la baisse de la part de la classe ouvrière dans la plus value (baisse des salaires directs et indirects comme la retraite, la couverture sociale, licenciement des ouvriers, dumping social, flexibilité de l’emploi, délocalisation…). Par exemple la productivité aux USA a augmenté de 2,2 p.c entre 2000 et 2007 mais le salaire moyen a baissé de 0,1pc. Autre  exemple en 1970 les salaires représentaient 53pc du PIB contre 46pc en 2005.

-la recherche de matière première bon marché.

-la baisse de la part de l’état dans la plus value (IS), de la qualité des services publiques et augmentation des impôts indirectes.

-l’attribution d’une part de plus en plus grande de la PL à l’armement et donc provoquer les tensions et les guerres (l’impérialisme c’est la guerre !)

-marchandisation des services sociaux stratégiques comme l’enseignement et la santé…

Dans les périodes de crises ces mesures sont bien entendu, en général,  accentuées.

L’accumulation capitaliste à l’échelle mondiale a conduit à l’hégémonie du capital monopoliste financier et mondialisé. Dans ce contexte il y’a une surproduction et stagnation, et pour absorber l’excédent économique, celui-ci  est « gaspillé » de divers manières : marketing, publicité, marques, et la spéculation financière (le volume des transactions a dépassé  35 fois le PIB mondial en 2012). Monopolisation, stagnation, militarisation, financiarisation et mondialisation forment le quintette du capitalisme d’aujourd’hui.
1.2.-Aspects politiques de la crise dans les pays du centre capitaliste :

-Approfondissement de la crise de la démocratie bourgeoise: La raison profonde en est la dictature croissante du capital, où la décision économique n’est pas soumise à la décision politique.
– glissement vers la droite, le chauvinisme, le fascisme et le populisme exacerbant  les questions d’identité, l’immigration, l’islamophobie   et exploitant  la peur du peuple  de l’avenir devant la faiblesse de l’alternative progressiste.

– montée en flèche de l’extrême droite.

– début de la fin de la dualité droite classique-gauche classique. Cette dualité pouvant être brisée vers la droite (Macron , Trump) ou vers la gauche ( Podémos, Syriza)
– élection Donald Trump : L’idéologie et la politique défendue par  Trump sont néofascistes. Il a  le plein soutien de Wall Street (entre l’élection et fin février 2017), les actions ont connu jusqu’à 13 % de hausse. Son principal soutien provient de l’industrie des carburants fossiles, du complexe financier et de l’industrie militaire (stimuler l’économie en dépensant dans l’armement comme Hitler)

– renforcer le caractère présidentiel et autoritaire des régimes (Italie par exemple) et recourir de plus en plus à l’instauration de l’état d’urgence  (France)
– montée du nationalisme de droite : le brexit est un exemple même s’il exprime néanmoins le profond refus populaire de l’Europe des multi-coloniales.
– boycott des élections : les élections  présidentielles françaises sont un exemple de malaise de la démocratie bourgeoise, en témoigne le taux d’abstention au second tour ajouté au pourcentage des votes nuls, soit environ 34,4 pour cent, le pourcentage le plus élevé depuis 1969.

– montée de la gauche radicale: Dans certains cas, les électeurs ont eu recours à la gauche radicale.
– Le cas de Syriza montre  qu’il n’y a pas d’a pas d’avenir pour les maillons faibles au sein de la zone Euro.
– le cas du front de gauche en France : percée importante de JL Mélenchon :il est regrettable que la gauche radicale ne s’est pas rassemblé autour d’un seul candidat.

2) Alternatives  politiques :

2.1) de façon générale :

 L’accumulation sans fin est irrationnelle et comme le disait Marx la recherche du profit maximal  détruit les bases qui le permettent. En effet  la production capitaliste tend sans cesse à dépasser ses limites inhérentes, mais elle ne parvient à le faire qu’en déployant des moyens qui,  à nouveau lui imposent,  et de manière plus grave encore, les mêmes limites.

Mais cela ne signifie pas automatiquement  la fin  de la domination politique et sociale de la bourgeoisie. Elle signifie l’ouverture, objective, de la voie  vers une ère nouvelle pour la classe ouvrière, les travailleurs, les peuples opprimés et toute l’humanité, vers le socialisme. C’est ceci le sens de ce que  Rosa Luxemburg a dit il y a un siècle: le socialisme ou la barbarie.

Malgré tout les capitalistes et leurs  idéologues continuent à chanter  « tout va très bien madame la marquise », à marteler que « c’est le meilleur des mondes possibles » et qu’ « il n’ya pas d’autre  alternative » (Thatcher).

Mais le capitalisme  est confronté à une grande résistance :

-Luttes des  classes  ouvrières et  du mvt socialiste en tète.

-luttes des peuples et des mvts de libération nationales en tète.

-luttes de couches moyennes

-luttes des mvts sociaux (droits des femmes, chômage, environnement, droits humains, dette …)

– résurgence des pôles et des blocs (le plus important étant le BRICS) et divergences d’intérêts au sein de la triade (USA, UE et le Japon).
Mais  les contradictions se présentent différemment d’un pays à l’autre: Dans les pays capitalistes du centre la tache immédiate est la transition vers le socialisme (anticapitaliste c est flou, post-capitaliste c’est encore pire) .Alors que dans les pays des périphéries  et qui constituent toujours  la zone de tempête, la tâche est la libération nationale et l’édification de la démocratie sur la voie du socialisme.

Nous devons reconstruire une utopie socialiste et croire à cette stratégie .Les socialistes (au sens marxiste) doivent valoriser malgré le rapport de forces, le potentiel fabuleux des peuples et leur capacités créatives et aussi  profiter de la réalité  d’un monde multipolaire. Des sondages(2017)  aux USA ont révélé que 51pc des jeunes entre 18-19 ans rejettent le capitalisme, mieux encore  33 pc d’entre eux soutiennent le socialisme.
Les expériences nationales et progressistes au pouvoir en Amérique  latine, doivent dépasser le modèle basé sur l’extraction des minéraux,  la répartition de la rente et aller loin dans la transformation des rapports de production et la socialisation des moyens de production.

2.2) Le cas du Maroc

a)Au Maroc règne un système politique appelé makhzen. Le makhzen est un système de pouvoir constitué d’une part d’institutions modernes « élues » (parlement, communes…) mais qui n’ont pas de pouvoir réel et d’autre part d’institutions non élues (roi commandeur des croyants, ministère de l’intérieur et ses agents, ministère des affaires islamiques…) et qui jouissent de véritable pouvoir. Le roi détient un pouvoir absolu et illimité. Le système politique makhzénien a une double nature : (i) compradore en étant au service du système capitaliste mondialisé ; et (ii) rentier en continuant à favoriser toutes les formes d’accumulation par dépossession.

L’Etat actuel est aux mains d’une ploutocratie compradore makhzénienne.

b/ Compte tenu des relations du Maroc avec l’UE (particulièrement secouées par la crise) et les pays du Golfe (dont le potentiel a été considérablement réduit par la baisse du prix du pétrole et le coût élevé des guerres successives et de la course aux armements), la crise économique s’aggrave. Les investissements dans le continent africain n’ont que peu d’effets positifs, à cause de la concurrence économique de la Chine et les États-Unis, et que le capital français, ne laisse à son homologue marocain que des miettes.
La crise du projet makhzenien s’approfondit et s’aggrave à tous les niveaux.

c/ Le régime mène une offensive contre les masses populaires et leurs forces militantes, en profitant d’une situation internationale et régionale qui lui est favorable:
1) Mesures anti-populaires au niveau social (démantèlement du régime de retraite des fonctionnaires, liquidation de la caisse de compensation, cherté de la vie,  détérioration de la qualité des services sociaux et leur privation …)
2) Répression sauvage  du mouvement de lutte populaire : contestation populaire (Hirak) du Rif , de Jerada, de Tindrara, de Zgora, de Outate Elhaj. Bilan : environ 600 détenus 2 martyrs au rif  et plusieurs blessés graves. La campagne de boycott en cours  de certains produits (lait, eau minérale, carburant) de certaines sociétés est une contestation populaire  qui s’inscrit dans la continuité des contestations précédentes.
3) répression des forces démocratiques : au moins 40 organisations associatives et politiques dont la VD, JVD , AMDH, ATTAC, ANDCM sont victimes de toute sorte d’interdiction.
4) Imposer au peuple une démocratie de façade: les élections de septembre 2015 et d’octobre 2016 ont confirmé que le boycott populaire des élections est un phénomène structurel. Les élections ne sont pas un enjeu pour les masses. La formation du gouvernement a confirmé que le changement vient principalement de la rue (= actions militantes conscientes et organisées en dehors des  institutions formelles actuelles).

Avec l’affaiblissement et la perte de crédibilité  des structures dites de médiation selon le discours bourgeois (partis politiques, syndicats), le régime se trouve aujourd’hui en confrontation  directe avec les masses populaires.

 d/ Alternative politique: nos tâches dans la période actuelle

La VD considère que le makhzen est le principal obstacle face à la volonté et aux aspirations du peuple marocain  pour la démocratie et le progrès social. Ainsi la VD œuvre suivant 4 processus :
1- Le processus de construction du parti de la classe ouvrière et des masses laborieuses.
Malheureusement, il n’y a actuellement pas de réelle possibilité d’unir les marxistes  marocains dans le cadre d’une seule organisation marxiste à cause des divergences politiques et idéologiques et du sectarisme. Par conséquent, nous œuvrons à élargir, consolider et prolétariser la VD afin d’atteindre ce but dans délais raisonnables, tout en continuant la tâche d’unifier les marxistes marocains.
2 – Le processus de construction du front des classes populaires:
– Ce front ne se construira pas d’un seul coup, mais nécessite de  mener des expériences d’action unitaire.
– Le problème est que toutes les  forces anti-makhzen  ne partagent pas la même conception de la démocratie: certaines voient la démocratie comme techniques électorales plutôt que comme un référentiel de base, tandis que des  forces démocratiques n’imaginent la démocratie que dans un cadre de compromis avec le makhzen.
Nous proposons donc la réalisation de deux tâches liées: le front démocratique et un large front de terrain (les forces démocratiques et d’autres forces de référentiels différents).
– Le Front démocratique doit chercher à diriger le front large  parce que nous voulons nous débarrasser du despotisme et construire un système démocratique et non remplacer une tyrannie par  une  autre (mais la direction ne peut être décrétée ou octroyée mais méritée et arrachée)

– Le mot d’ordre est d’en finir avec le makhzen.
3 – Radicaliser, élargir et démocratiser les organisations  indépendantes d’auto-défense du peuple: mouvements sociaux, de contestation populaire, mouvement amazigh, culturel, chômage…
4 – Construire une internationale marxiste:
Il s’agit actuellement de construire  un front anti-impérialiste dont le noyau ou la direction est composé d’organisations marxistes.

Mouad  EL-JOHRI

Membre du secrétariat national de la voie démocratique

Barcelone

Samedi 2 mai 2018

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